comment conserver ses cueillettes ?

Article de Mathilde Combes de « Nature-Autonomie »:

La cueillette, ce n’est pas que « cueillir » 🙂

C’est aussi conserver toutes ces feuilles, ces fleurs et ces racines qui remplissent nos paniers à chaque promenade.

Parce que ça ne suffit pas de ramasser des brassées de serpolet, de romarin, de houx … Encore faut-il savoir comment les préserver.  

Sinon, elles perdent leur goût et une bonne partie de leurs propriétés, en quelques semaines à peine. 
Et finissent par ressembler à ces petits pots d’herbes de supermarché, d’un vert gris, terne. D’un goût très moyen, d’ailleurs ! 

J’avoue que j’ai raté bien souvent mes séchages avant de comprendre comment faire (des branches entières d’estragon noircies, des récoltes de roses devenues insipides, des feuilles de basilic un peu marron, avec un léger arrière-goût de poussière…).

De ces petits et grands ratages, j’ai retenu quelques techniques.

1. Et non, le soleil n’est pas votre allié

Je discutais ce matin avec une amie qui me montrait sa dernière récolte de thym en train de sécher : 
 

Toutes les branches chargées de minuscules feuilles trônaient en pleine lumière, au beau milieu de son salon, simplement posées sur un plateau, juste en face d’une énorme fenêtre.

Je n’ai pas osé lui dire tout de suite, mais les laisser à cet endroit est le meilleur moyen de se retrouver avec du thym sec insipide… et grisâtre. 

On aurait tendance à penser le contraire, mais exposer vos récoltes à la lumière du jour les dénature. 

Les UV font perdre leurs pigments aux fleurs et aux feuilles, qui ont tendance à brunir, à se ternir, et à perdre de leur saveur.

En plus, certains composants biochimiques sont sensibles à la chaleur, des températures qui dépassent les 40°C risqueraient de « gâcher » les propriétés médicinales de vos trouvailles. 

Le mieux est donc de choisir une pièce sombre : cave, grenier, chambre…

2. De l’air, et pas d’humidité 

Vous avez sûrement déjà vu les bouquets d’aromates ou de fleurs pendus tête en bas dans les maisons de campagne. 

J’ai toujours trouvé ça magnifique, mais j’ai découvert il y a quelques années que c’était surtout le meilleur moyen de les sécher sans qu’elles ne pourrissent : en faisant circuler un maximum d’air autour des feuilles, et des fleurs. 

En les déposant sur une table ou dans un saladier, vous risqueriez de freiner le processus de séchage, en laissant les feuilles en contact avec la surface plutôt qu’avec l’air de la pièce. 

Les feuilles qui contiennent une grande quantité de mucilage comme le plantain risqueraient de se gorger d’humidité et de noircir.

3. Des paniers en osier, plutôt que des plateaux en plastique

On ne peut pas sécher toutes les plantes sur leur tige. Il arrive que l’on ramasse des baies ou des feuilles seules (comme des baies de genévrier, des bourgeons de sapin..) 

Dans ce cas, il vaut mieux opter pour un panier en osier, pendu en hauteur, et recouvert d’un linge propre pour ne pas laisser passer la lumière. 
A la différence d’un saladier en plastique ou d’un plateau, ce type de panier est naturellement ajouré et laissera doucement passer l’air entre les feuilles.  

Essayez de ne pas superposer des couches trop importantes de feuilles, de fleurs ou de fruits dans votre panier, pour éviter les moisissures. 

4. Si les feuilles sont trop épaisses, séparez-les de la tige 

Ce principe tout simple vous évitera de perdre la moitié de vos récoltes d’estragon, de sauge ou de bouillon blanc, par exemple, dont les feuilles sèchent particulièrement mal lorsqu’elles sont encore attachées à la tige. 

Juste après la récolte, effeuillez donc vos tiges et étalez les feuilles ou les baies en essayant de les espacer au maximum dans votre panier, en hauteur. 

Vous verrez, ça change tout ! 

5. Cueillez au bon moment 

C’est tout bête ; lorsqu’on ramasse trop tôt le matin, les plantes sont encore couvertes de rosée, ce qui favorise les moisissures et ralentit le séchage. 
Pareil pour les lendemains de fortes pluies. 

En fait, le moment idéal se situe aux alentours de 11h, avant les grosses chaleurs de l’après-midi et une fois que la rosée s’est déjà évaporée. 

6. Conservez au sec 

Une fois que la plante est bien « cassante » (la durée de séchage varie en fonction de l’espèce), qu’elle s’effrite entre vos doigts et qu’elle craque avec un petit bruit sec : elle est prête à être stockée. 

Je les mets dans des bocaux en verre pour les petites quantités et dans des sacs en kraft pour les grosses récoltes. Le tout est de ne pas laisser rentrer l’humidité