Farida, le personnage central de Dames de fraises, va repartir transformée de son expérience de travail dans les serres de l’Espagne du Sud. Jeune mère de deux enfants, elle décide un jour, pour nourrir sa famille et payer les frais médicaux de son mari malade, d’aller y travailler une saison, comme 15 000 Marocaines par an.
Elle qui n’a jamais quitté son village natal que pour se marier va y découvrir l’intérêt des vécus partagés et la puissance de l’entraide. Malgré les schémas hérités de l’oppression patriarcale et une exploitation sans scrupules — dos cassé et ongles de pied décollés à force de marcher dans le sable sans équipement, privation d’eau au plus fort de la chaleur… —, avec Hayet et d’autres, elle trouvera la force de porter plainte contre les jefe (chefs en espagnol).
Désireuse de rapporter le plus fidèlement possible la vie de ces femmes, la dessinatrice Annelise Verdier, ex-blogueuse caustique d’Une blonde au bled, a passé plusieurs mois d’observation au Maroc et en Espagne avec ces « invisibles du marché globalisé », présentées par la spécialiste des migrations internationales Chadia Arab en préface. Cela se ressent : les scènes de vie sonnent vrai, tout comme la psychologie de ces « pétasses », surnom que leur donne Alvaro, le neveu du grand jefe obsédé de « triki-triki » (coït en langage imagé)…
article de C. Marin pour « Reporterre »
Dames de fraises, doigts de fée, par Antoine Tricot, BD réalisée par Annelise Verdier, d’après l’ouvrage de Chadia Arab, Dames de fraises, doigts de fée : les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne (2018), éd. Alifbata, août 2025, 128 pages, 21 euros.


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