Les soigneurs de la faune sauvage n’en peuvent plus de le répéter : un robot tondeuse lancé après le coucher du soleil, c’est ce qui remplit leurs centres de soins chaque automne.
Les robots tondeuses lancés à la tombée de la nuit croisent les hérissons au moment où ils sortent chercher à manger avant l’hibernation. Leur réflexe de se mettre en boule, efficace contre les prédateurs, devient fatalement inefficace face aux lames. Les centres de soins accueillent des centaines d’animaux blessés chaque année.
Une boule de piquants face à des lames
Un robot tondeuse lancé à la tombée de la nuit croise les hérissons à l’heure précise où ils sortent. Leur réflexe face au danger n’est pas de fuir, mais de se mettre en boule.
Ce réflexe protège contre un renard ou un blaireau, avec ses quelque 5000 piquants. Face à une lame, il devient un piège, car le museau, les pattes et le ventre restent à découvert. Le robot qui heurte un hérisson roulé en boule poursuit simplement son chemin.
Les lames ne s’arrêtent pas.
La norme européenne EN 50636 garantit un niveau de sécurité mécanique, mais elle ne couvre ni la détection d’objets mous, comme un hérisson, ni la tonte nocturne. Une boule de 10 à 12 cm pour 400 à 800 g peut passer sous le seuil de déclenchement des capteurs de collision de certains modèles. Beaucoup de machines détectent donc l’obstacle trop tard. À ce stade, l’animal est déjà blessé.
Les centres de soins débordent
Au Creaves de Perwez, en Wallonie, on a compté près de 20 hérissons par jour, dont une femelle trouvée sous un robot, scalpée et les pattes coupées. Chaque année, des centaines de hérissons sont recueillis dans des centres de soins à la suite d’accidents de tondeuses-robots. L’équivalent de plusieurs classes d’école, en hérissons.
À Calais, la responsable du seul centre de soins du littoral, Chrystel Gressier, dit n’avoir « pas un jour sans un appel pour un hérisson en détresse ». Elle cite aussi les rotofils et les débroussailleuses, mais relève la hausse des appels liés aux engins électriques qui fonctionnent sans surveillance humaine.
En Normandie, l’association Chêne a reçu plusieurs animaux présentant des coupures ou des membres scalpés. Les soigneurs ne peuvent pas toujours prouver le lien direct avec un robot. Cette piste reste pourtant la plus privilégiée.
Le bilan est bien là.
Pourquoi la nuit aggrave tout
Les robots sont silencieux, ce qui pousse à les programmer la nuit pour profiter du jardin en journée. Le raisonnement semble logique, mais il envoie la machine sur la pelouse au moment où les hérissons sont actifs, entre la fin de journée et l’aube. À l’automne, ils doivent engranger des réserves de graisse avant l’hibernation, donc ils sortent beaucoup. Le croisement des horaires est presque parfait, et c’est le problème.
Les chiffres de l’accueil en centre disent aussi autre chose. En Belgique, des hérissons mortellement mutilés sont retrouvés chaque année, et une bactérie que l’on ne sait pas traiter est aussi en cause. Le robot n’est donc pas le seul coupable, mais c’est le plus facile à corriger.
Les conséquences sont lourdes pour l’animal. Un hérisson blessé n’est souvent retrouvé que bien plus tard, avec des plaies très infectées et impossibles à soigner. Les jeunes sont encore plus exposés : à Calais, il faut qu’ils atteignent au moins 500 grammes pour être relâchés.
Tondre de jour, la consigne de la LPO
La LPO plaide pour une règle simple : programmer la tonte en journée. Elle recommande, comme Husqvarna, une tonte exclusivement diurne, idéalement entre 10h et 19h.
Le soigneur normand de l’association Chêne propose la plage de 10 heures à 17 heures, quand les hérissons dorment. Il ajoute de ne pas débroussailler à la fin du printemps ni au début de l’été, car les petits animaux nichent dans les recoins. Une commune comme Blois relaie la même consigne et rappelle que le hérisson est protégé.
Reprogrammer le robot ne coûte rien.
Quand la loi s’en mêle
La Wallonie a franchi le pas. Depuis avril 2026, il est interdit de faire fonctionner les robots-tondeuses entre 18h et 9h du matin. Auparavant, de nombreuses communes avaient édicté leurs propres interdictions, et la règle est désormais la même partout dans la région.
En France, la démarche reste locale et volontaire. Des communes diffusent des consignes, des associations alertent, des fabricants ajoutent des réglages horaires dans leurs applications. Le robot tondeuse se programme en deux minutes, ce qui laisse peu d’excuses.
Cette page belge est un test grandeur nature. Si les arrivées en centre de soins baissent dans les prochaines saisons, cela pèsera dans le débat, y compris en France. Pour l’instant, aucun chiffre consolidé ne permet de trancher, et les soigneurs n’ont que leur expérience du terrain pour témoigner. Cette expérience, elle, est unanime sur l’horaire.
Aménager le jardin pour le laisser passer
Les horaires ne suffisent pas toujours. Le Service du bien-être animal wallon conseille de placer le fil de délimitation à 20 cm du bord, et un guide sécurité recommande de laisser une bande non tondue de 30 à 50 cm le long des haies, un refuge pour la petite faune.
La station de recharge mérite un coup d’œil. Blois signale qu’elle peut servir de refuge aux hérissons, donc un contrôle rapide avant chaque départ du robot s’impose.
Côté industrie, la prise de conscience arrive. À l’IFA de Berlin, Segway Navimow a présenté un robot doté d’une technologie de détection thermique pensée pour protéger les hérissons, accompagnée d’un partenariat d’un an avec l’association allemande Igelhilfe Schulzendorf, dont le centre soigne chaque année entre 260 et 280 hérissons.

